Pas de réponse = Au revoir. Je suis retourné d'où je viens.


En ces temps d'inflation en matière d'informations permettant d'accroître rapidement la capacité de chacun à attirer vers soi les biens et les personnes, l'art de maintenir à l'extérieur ce déferlement de convoitises banales — de l'expulser proprement, efficacement, c'est-à-dire en tâchant bien de ne jamais brusquer l'orgueil immense qui constitue désormais la plupart de ces gens surentraînés à ce qu'ils appellent « la séduction » — devient l'attitude d'exception. Protéger, expulser de ce cercle étroit où la mesure est un luxe, voilà ce qui fait de nouveau le noble. Ainsi, le plus glorieux de cette société de consommation des biens et des personnes demeure un mendiant à ses yeux, et la plus désirable femme du monde, sa gueuse, la mendiante du mendiant.

Marot Couperin, 6 septembre 2013

L'art réduit à du détournement ou comme tentative de contourner cette réduction, à produire de la beauté qui se suffit à elle-même, comme on en conclurait après des millénaires d'histoire de l'art que la science de la beauté n'avait pas d'autre fin que l'excitation, que l'assiette de sucre est en fin de compte la plus exquise des pâtisseries, ne m'intéresse pas. Il n'y a pas là assez de substance pour un projet sérieux qui marquerait les esprits, qui les émouvrait durablement. J'attends que le monde soit assez transformé pour que, par la force des choses, ces artistes soient contraints de se comporter tout à fait autrement, qu'ils soient bien obligés de constater devant eux un nouveau décor, une humanité restaurée pour leur inspirer des œuvres dignes. Cela peut paraître effrayant tant qu'on l'entend encore dans un sens que j'exècre : au sens de l'utopie, de la tartuferie visionnaire, du mégalomane quoique déterminé à imposé sa griffe n'y laissera que ses faux ongles ensanglantés sur le marbre. Tout simplement, j'attends que la page du XXe siècle soit tournée. Elle représente dix minutes de récréation dans l'histoire, dix minutes sur le point d'être interrompues par la clochette.

Marot Couperin, 19 septembre 2013

Reconstructivisme


J'ai déjà émis cette boutade il y a près de quatre ans, mais tant pis j'ai envie de la réécrire, et ce sera sûrement sous une nouvelle forme. Elle concerne cette manie qu'ont les modernes de ne penser qu'en déconstruisant. Parfois j'ai l'impression que les « intellectuels » ne sont plus capables que de cela. Ils ne formulent pas un véritable moyen de transporter la société vers un point meilleur, ils déconstruisent les anciens moyens ou ceux des autres. C'est très efficace et tellement ravageur que plus rien d'autre que la Critique ne semble possible ; résultant quoi, nous sentons tous que nous stagnons, humainement, comme adossés aux sièges d'un véhicule en pièces détachées très proprement disposées au sol, et à tel point que certains y verraient là une œuvre graphique digne de l'art contemporain... Ma boutade, la voici : elle consistait à dire que déconstruire ce qui était déjà déconstruit aboutirait peut-être à une forme de reconstruction... En déconstruisant une voiture en mille morceaux, ne nous retrouverions pas à bord d'un véhicule à nouveau en état de marche ? Si oui, s'agirait-il exactement du même modèle qu'auparavant ?... Même si on voulait refaire deux fois la même chose, on ne la referait jamais à l'identique, on la referait toujours en mieux. C'est là une constante humaine qui est due à l'expérience.



Marot Couperin, 18 septembre 2013

Mesdames,
CUISINE FACILE
pour hommes


Organise une manif « contre la violence » : à mon avis on se foutra de ta gueule, et personne ne viendra, tellement c'est con. Précise que c'est une manif « contre la violence faite aux femmes », là y aura du monde, et pas mal de crétins avec des micros et des caméras. Avec « les femmes » au bout, on donne de l'intérêt à n'importe quoi. C'est pratique et ça marche avec tout. Il suffit juste d'être plus malhonnête que con, et de tenir à s'investir malgré tout pour que la société soit meilleure... « Les femmes », y a ceux qui les aiment en combinaisons moulantes au bras du dernier concept-car Mercedes, et ceux qui les préfèrent en suffixe d'une cause perdue pour améliorer leur image ; mais la plupart en boufferaient à toutes les sauces, en réalité.

Le féminisme et le machisme ne sont que deux recettes très différentes pour des ingrédients très identiques... 




Marot Couperin, 16 septembre 2013

« Attention ! On critique le système, mais on n'a rien contre le Starsystem ! »


Quelle est la différence entre la télé nord-coréenne et la télé du monde « free » ? Presque aucune. Tu sépares ces six jeunes filles élevées en dictature, tu leur greffes chacune un culte de la personnalité à l'occidentale [« je suis la plus cool, je suis la plus sexy, je suis la plus dingo »], laisse mijoter un an ou deux, et tu obtiens exactement la même scène « artistique » que chez nous... Dans les six, y aura même celle qui est encore + pas comme les autres, et qui va cracher sur « MTV » [la punk-nitouche qui va t'expliquer qu'elle a une sensibilité bien à elle, des goûts spéciaux qui viennent du plus profond de sa « free » personne, et que donc MTV, « c'est trop mainstream »...] et du coup plutôt opter pour la scène « Underground » (ça tombe bien qu'elle existe) qui n'est rien d'autre que le revers d'un même costume de clown triste. Cette logique va plus loin. Il y a une troisième catégorie de gens « free » — the cream of the cream — Il n'y a pas grand chose à dire concernant cette niche d'intouchables marketing, sinon qu'ils sont les « free » les plus flexibles, les plus souples, les plus « susceptibles » ; ce sont des fanatiques de la « freedom » de penser... Dans la pyramide « culturelle » occidentale, c'est cette niche qui inspire le marketing, et non l'inverse ; qui comble son néant imaginatif. Elle n'a confiance qu'en sa bonne étoile, croit-elle (en réalité une télé qui brille, mais depuis plus loin dans l'Espace-temps américain) : son instinct du snobisme est de loin le plus sophistiqué, mais encore loin d'être complexe... — découvre son secret en lisant ce texte jusqu'au bout, et deviens à ton tour un upperhipster (« On est seize dans le monde, boy. La moitié vit - et travaille - à Brooklyn depuis septembre 2001, l'autre s'est faite cryogénisée dès la fin du disco quelque part dans un bunker en Finlande, en attendant que passe enfin ce millénaire de gros ringards ») — Récemment, cette minorité de « free » a dû déserter la scène pseudo-underground-complètement-galvaudée pour retourner en terre mainstream ; au début ce fut difficile, déboussolant pour certains. Mais ils ont fini par s'habituer, comme toujours, car cette race un peu spéciale de « free » forment une tribu déterminée à rassembler les hommes les plus « free » parmi les « free », une sorte de peuple élu, de prêtres des superettes de la Culture du monde « free »... Leur inconscient témoigne ainsi, de manière très décomplexée (ils se sont tous fait au moins une fois dilater la cervelle par un psychanalyste ; « Sinon on respire mal, ouais, trop de « freedom », mais de la mauvaise « freedom », tu vois... ») : « On était envahis de nouveaux punks : des punks parvenus. Ça devenait insupportable. C'était des agressions permanentes contre ce qui nous est le plus cher : notre IDENTITY. Les real « free », c'est nous ! Merde !... WE ARE UNIQUE. On a alors décidé de nous expatrier derrière le périph', en pleine zone industrielle ! Au beau milieu des grosses MAJORS & TOUT ÇA, hihi ! Quel culot, hein ?... Désormais, on partage notre mauvais goût avec la masse, la populace, même si on ne les rencontre jamais directement, dans la mesure où tout ceci n'est que ♫ « Filozofiko-Culturel » ♫ , et où on ne se déplace qu'en bulle à roulettes... La bulle à roulettes ? Tu connais pas ?... C'est un véhicule très pratique ; il va partout, il pollue 2,6 fois moins que le second degré ; c'est presque du 3e degré, mais pas encore tout à fait. On ne sait plus trop où on en est, en fait, lol ! Mais c'est ça qu'est bon !... Et il était temps, car la drogue ça devenait franchement borderline. Toutes ces punk-nitouches des soirées-event-Givenchy qui sniffent pour un oui ou pour un non, beurk, ça craint grave, je préfère encore me faire des shoot au Frizzy pazzy, c'est plus distingué !... Bon, on est quand même un peu inquiets pour notre avenir d'avant-gardistes néo-suceurs de Yankees, disons-le franchement, car récemment, je lisais un article dans VICE MAG, à la rubrique finance, qui disait que le groupe Canal+ se lançait dans la production de bulles à roulettes, aussi !... Quoi ? Ai-je bien entendu ? Les truffions du Grand Journal roulent aussi avec blindage antimarket' ? Mais c'est absurde ! PANIQUE, QUOI !... On serait bien contrariés, en effet, de devoir à nouveau changer de way of life... Déjà... Un way of life encore tout neuf et tout beau. Putain, quel gâchis !... ça fait seulement deux semaines qu'on est ici ! J'ai à peine fini de télécharger l'intégrale des clips de Rick Ross... C'est quoi ce bordel ? Qu'est-ce qui se passe ? Tout bouge trop vite, on a plus le temps de se poser qu'il faut déjà décamper ; c'est plus de la culture, c'est un 400 mètres haies pour rester à la mode !... C'est peut-être le moment de se mettre au 4e degré... Mais ce serait quoi le 4e degré ?... La fille cadette de ma boulangère (une réfugiée politique nord-coréenne, justement) est leadeuse dans un groupe punk girly non-engagé-politiquement-mais-alors-NON-surtout-pas ; son groupe s'appelle « Les Six Crazy Killeuses ». Un truc dans ce style. Un nom à la con en tout cas. Le clip est tellement bourré de clichés pseudo-branchés que ça en devient attachant. Intéressant, non ?... ça devrait déstabiliser ces vieilles poudrées du Palais de Tokyo... Hihi !... En plus, c'est filmé au 5D, avec 100 euros de budget à tout péter, par une ado pseudo-lesbienne « de génie ». LOL ! Même cet abruti de Denisot sentirait l'arnaque... Ahah : « TU TE RENDS COMPTE, NÉGRO, TU TE RENDS COMPTE ? qu'il dirait, en se prenant 2 secondes pour BOOBA ! ON NOUS TIRE DESSUS AU FUSIL POMPE ! » Elles sont au collège, les gamines. C'est du lourd. Niveau concept on fait péter tous les repères ! Alors, accrochez vous, les marketeuses de mes deux ! On tient un truc. Et je crois que c'est le FUTURE... la new new new FRESHEUR... »


Marot Couperin
29 août 2013

Dévirilisation des femmes : à cause du féminisme


L'origine de la dévirilisation des femmes est très simple à trouver. Le féminisme a rendu les femmes vulnérables, même dans leur apparence physique ; si on les compare aux femmes d'hier, en regardant des archives de documentaires qui ne remontent pas plus loin que les années 50, celles d'aujourd'hui paraissent des fillettes. A force de diaboliser la virilité, les hommes qui sont devenus des pères "féministes" ont mis au monde des filles n'ayant que leur vaine volonté de force, des personnages fictifs de pacotille, pour se construire, à défaut d'avoir encore des pères pour leur servir naturellement de modèle. La virilité, de tout temps, se transmet aussi du père à la fille, c'est une évidence qui a échappé à l'idéologie crétine du féminisme. Une belle observation de l'écrivain Henri Michaux à l'égard des femmes illustrait très bien cette idée de lègue, mais je ne la retrouve plus. Il disait percevoir comment le caractère d'un homme se métamorphose en beauté sur le visage d'une femme, comment on devine étrangement la force du père à travers les traits de sa fille. Le féminisme a interrompu ce processus naturel. Les filles d'aujourd'hui paraissent fragiles, craintives, inquiètes ; les garçons n'en parlons pas, puisque le père constitue pour eux le parent principal d'identification. C'est comme si une partie de leur héritage leur avait été confisqué, pour être remplacé par des coffres vides. Le féminisme offre l'inverse de ce qu'il promet. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai coutume de dire que le féminisme est surtout un distributeur à ambitions, très peu, voire nullement de courage.

Marot Couperin, 27 août 2013

Modernité/post-modernité : cela existe-t-il vraiment ?


Il n'y a pas le modernisme au commencement, et le post-modernisme qui serait son exagération en se prolongeant dans l'histoire ; ce clivage entre un début et une fin du XXe siècle me semble de plus en plus inapproprié. En vérité, ce qu'on croit être deux courants sont deux phases qui ont lieu simultanément, non plus dans l'histoire, mais à l'intérieur de nos vies, donc... Modernisme et post-modernisme seraient le « jour et la nuit » des expériences précaires qui animent notre vie culturelle qui, médiocre, fonde ce qui est ce siècle de basse intensité spirituelle. En quelque sorte, et ceci est surtout compréhensible au travers des expériences de l'art contemporain (qui ne sont justement plus que des expériences, nous comprendrons pourquoi), le modernisme correspond à la fabrication de jouets et le post-modernisme à leur destruction immédiatement après. Cette alternance de modernité et de post-modernité, par ailleurs faussement opposée sociologiquement, marque le tempo « cardiaque » d'une civilisation indisposée aux œuvres durables et profondes. Le temps qui est le nôtre, correspond à celui de l'enfant intellectuellement vide, a contrario envahi de pulsions intenses, frivole, qui l'amène à faire des choses dont la maigre densité en terme d'activité (significative du divertissement par opposition au travail) sera consolée par la phase de destruction qui suit. La dichotomie « construction/déconstruction », plutôt que de dessiner deux périodes de l'histoire récente des hommes, révèlent alors le dessein en toutes choses dans lesquelles, naïvement, puérilement, nous croyons voir de l'importance, jusqu'à ce que la lassitude frappe à nouveau, subitement, et que s'ensuive le plaisir sadique de sacrifier ce qui n'était encore qu'un objet périssable, inconsistant, distrayant, un gadget... Et quand je dis « objet », il faut préciser qu'il peut tout aussi bien s'agir d'un être vivant, d'une personnalité, par exemple...

Marot Couperin, 27 août 2013

Les infrasons de l'appartenance civilisationnelle : un leitmotiv bien entêtant

Le cas du revirement de conscience d'Amina Sbouï  


Amina Sbouï, militante tunisienne, déclare qu'elle quitte les Femen en invoquant comme principale raison que cette organisation serait « islamophobe »... Dans un premier temps, j'ai pensé que l'information n'avait aucun intérêt, compte tenu du caractère déjà insignifiant de ces bêtes de foire demi-télégéniques que sont les Femen ; insignifiance d'autant plus appuyée, vous m'excuserez un supplément de mépris lorsqu'il s'agit de me too-product (traduire par : “moi aussi je peux faire encore plus bas de gamme” en jargon marketing ès agroalimentation), qu'elle concerne sa succursale maghrébine : une seule employée, mais bien gavée au PAF et autres merdes onctueusement brassées par l'américanocentrifugeuse, dans la mesure où j'imagine, vu son âge, qu'elle appartient à cette génération de désorientales ultracâblées.
Cette anecdote, aussi surprenante qu'une couv' de Closer qui nous annoncerait qu'une actrice se sépare de sa planche à bite qui lui servait accessoirement de boyfriend, me semble pourtant dissimuler autre chose. En effet, pourquoi Sbouï se réveille-t-elle seulement maintenant, alors que le discours des Femen est parfaitement explicite depuis le départ (et d'autant plus explicite qu'au lieu d'un maigre discours ce sont des illustrations en actes d'une bourrativité sans précédent dans l'histoire de la propagande qui jonchent leur parcours : quand on découpe une croix orthodoxe géante à la tronçonneuse, on ne peut pas prétendre ensuite qu'on avait mal compris le message de base). Il y a évidemment un non-dit derrière ce revirement soudain, un non-dit qui m'intrigue assez pour être creusé. J'en retire deux hypothèses.

1/ On pourrait d'abord voir dans la présente anecdote le revirement d'une jeune fille qui, après s'être égarée en vains blasphèmes, se serait finalement décidée à reprendre le droit chemin du Bien, mais pas n'importe lequel, le Bien qui consiste à bien penser et bien parler, ce Bien qui est la seule véritable religion, celle que tous les hommes et femmes d'aujourd'hui observent unanimement sous la coupe de l'auto-intimidation : la Tolérance, cette tolérance qu'aucune semelle n'oserait souiller à moins, non pas d'être un mécréant, un incroyant, ou un goy, mais un FOU, tout simplement ! (c'est d'ailleurs ce qui me porterait à croire que Inna Shevchenko serait véritablement dingo au cas où elle persistait dans son « islamophobie » supposée par les tweetos de la respectosphère adoratrice de la Tolérance.
Cette « phobie » qui se décline pour toute appartenance, et qui est partout pourchassée, est à comprendre comme l'intolérance dont l'issue ne se réduit qu'à « blesser » ; toute autre motivation s'effaçant immédiatement lorsque se manifeste avec vraisemblance une seule de ces blessures morales ; dès lors que des gens se seraient présentés comme effectivement « blessés » (non pas physiquement, ni matériellement, mais dans leur « être », la représentation de leur « être ») : nulle autre preuve qu'une sorte de « présomption de ressenti » n'est à apporter à l'opinion. Opinion dorénavant inquisitionnelle, en veille permanente, et surtout attentive aux blessures les plus récentes, aux plaies les plus fraîches et donc les plus intelligibles, son logiciel de détection de l'intolérance n'ayant comme portée uniquement ce qui est « émouvant », vif, les raisonnements à froid, complexes, sur le temps long, échappant complètement à sa médiocre perception... La Tolérance, comme pensée, est un naufrage pour l'intelligence, à n'en point douter.



C'est comme si, définitivement, la subjectivité cherchait à asseoir son autorité sur tout le reste, la contestation notamment, mais aussi ce qui relève normalement des dispositifs visant à la conservation de l'ordre public, grâce à la violence légitime. Les réactions souvent outrées de l'opinion tolérantiste en témoigne, quand la violence policière est tout à coup visible, par le biais d'interventions filmées en amateur ; à ce moment elle devient odieuse, ou pourquoi pas, si ce tolérantisme est poussé jusqu'à l'absurde, source de désordre... Toute violence légitime en principe de droit perdrait sa légitimité dès lors qu'elle se manifesterait aux yeux du public fait de témoins oculaires toujours plus nombreux, du reste, à mesure que les moyens de communication et de production se démocratisent jusqu'à engendrer une sorte de surveillance omniprésente, où tout le monde s'applique à traquer les moindres « faits et gestes » de la pensée critique ; il y a là la source d'un décalage entre raison et passion, quand bien même les deux partis œuvreraient tous autant pour la paix.
Il en va ainsi du dogme de la Tolérance et de son arbitrage expéditif, de son dispositif sentimentaliste. Sbouï pourrait tout simplement avoir été victime d'un rappel à l'ordre qui n'a rien de glorieux, par cette autorité religieuse suprême, rappelée à son devoir essentiel d'inoffensivité physique et verbale absolue, quitte à abandonner ceux qu'elle s'était mise en tête de défendre face à une violence pourtant incomparable...
Sbouï se serait tout à coup sentie mal dans ses sandalettes d'activiste, effrayée à l'idée qu'elle puisse être associée à des « réac », de passer pour l'abominable intolérante qu'elle cherchait justement à dénoncer de toutes ses forces (au point que son mobile politique initial soit anéanti en un éclair, à la seule vue du spectre de l'intolérance, dont le néologisme « islamophobie » n'est qu'un nouvel avatar). On comprend le choc que cela doit être pour elle, si jeune et si imprégnée de tolérantisme, alors que son camp politique était censé l'en préserver, puisqu'il représentait tout ce qui s'y oppose — fermement — radicalement, même ! Et là était le souci, justement, la ligne où tout peut toujours basculer, ou disons plutôt : où tout finit presque toujours par se rejoindre dans une violence réciproque indissociable — Elle déclare d'ailleurs ceci pour expliquer ce qui lui a fait prendre conscience que les Femen s'apparenterait à un extrémisme méchant : « Cela a touché beaucoup de musulmans et beaucoup de mes proches ». Cette phrase est révélatrice, ne serait-ce que par sa prose... Elle confirme autant la première hypothèse qu'elle en propose une seconde que voici.

2/ Qui d'autre qu'une Arabe, et alors exposée seulement superficiellement au dogme du progrès pour le progrès, à l'égalitarisme microchirurgical, aurait pu si rapidement s'extraire de cette mascarade pornoféministe, sur un simple coup de tête, quand les autres Femen européennes sont intoxiquées depuis trop longtemps pour s'octroyer le droit, que dis-je, pour ne serait-ce qu'envisager une seule seconde d'être autre chose que ce que le déterminisme télévisuel les pousse à être : des femelles anarcholibertaires, mi-muses mi-posters Playboy pour épicuriens du service public à la Onfray Chel-mi... Sbouï, inutile de lui en vouloir ne pas avoir eu ce déclic plus tôt, quand les actions qui firent connaître les Femen dans le monde visaient la religion chrétienne, la famille naturelle : car sa révélation soudaine pourrait n'être due qu'à un tremblement survenant du bout de ses racines arabo-musulmanes ; sa sensibilité s'étant trouvée heurtée, à l'endroit des calomnies lancées par ses camarades, contre une identité qui est sans doute insoupçonnée à cet âge-là, quand on grandit les yeux rivés vers un monde occidental qui fait tout pour vous arracher aux vôtres. Si tel est le cas, il ne faudrait non plus voir de sa part une indifférence à la « blessure » des Européens, mais plutôt, et en s'en réjouissant, la révélation du grand non-dit de la modernité, la preuve que les racines vibrent encore derrière une nudité d'apparence...

Marot Couperin, 22 août 2013 

Le sens du progrès

Le progrès ne saurait être une idéologie en soi, l'essence définitive d'un parti politique ou d'un courant de pensée, des traits de l'esprit à jamais lancés vers l'avenir, et comme transperçant l'histoire machinalement, et que nul ne chercherait plus à empêcher à moins d'être animé de malfaisance... En réalité, le progrès se reconnaît d'abord aux signes de la vigueur : à la vie aux heures de l'impérieuse détermination, quand elle s'investit soudainement dans les êtres les plus soucieux de la transformer. Le progrès est seulement le monopole de la vitalité, de cet éclat qui autorise les hommes à tout envisager : n'importe quelle trajectoire par-delà les croyances... Idées et solutions forment l'hypoderme au travers duquel on déchiffre l'effervescence ou l'inertie d'un corps, un désir de prolonger son existence ou d'en finir avec lui.

Marot Couperin, 6 juillet 2013

Michel Meyer - Logique passionnelle

« (…), par la passion, l'homme répond au problématique en s'efforçant de l'évacuer, comme on s'attaque à la contingence pour la surmonter en se donnant un destin, une nécessité. D'où les jeux de hasard, qui visent à le vaincre. En cela, ils ne sont pas sans similitude avec la séduction : le séducteur estime que la femme suivante sera la bonne, comme le joueur qui voit dans le coup suivant la possibilité de sa victoire. Ce défi qu'est la passion ne peut être que permanent et répété, puisqu'il s'agit de se prouver plus fort que la nécessité des choses, façon d'y répondre par une liberté inconséquente, caractérisée par un irréalisme certain, au vu de ce qui découle normalement des états de fait. Le problématique de l'existence est nié mais n'arrête pas de resurgir, car c'est lui qui est incontournable. La passion fait exister l'homme dans l'ensemble qui le définit en lui donnant le sentiment de pouvoir s'en libérer, et de pouvoir être au-dessus et plus fort. Par là, l'homme de passion, niant les conséquences probables, se donne sa propre histoire au mépris des conséquences objectives qu'il tâche de nier. Il évacue l'histoire par un présent dont il se veut la mesure. Cet aveuglement peut sembler irréaliste, mais il est naturel, car la passion qui le sous-rend consiste à vaincre l'incertitude et la contingence liées au temps qui passe. Les seules conséquences admises par le passionné sont celles qu'il crée, comme par maîtrise sur tout ce qui est vu comme indésirable. Le consentement a priori est en fait un lieu d'indifférence à tout ce qui n'est pas voulu, et qui est perçu comme inessentiel. La maîtrise de la situation est une prise de position qui se veut extérieure à elle, comme le joueur dans le hasard qui le voue à perdre. Il y a dans la passion ainsi vécue une prise de conscience de soi à part entière, où l'on s'assure de pouvoir s'assurer, où l'on se pense en train de penser... que l'on pense. L'infinité du processus procure l'illusion d'avoir vaincu le temps et ses conséquences inéluctables. Il y a là comme une négation implicite des conséquences, ce qu'une telle position de principe implique, position qui n'est autre que celle de la souveraineté narcissique sur le cours des choses. Mais peut-on se glisser hors de la situation historique, dans un présent sans suite, ou dont la suite est ce même présent ? La passion est la réponse qui annule l'histoire et ses déroulements, et, en cela, elle est illusoire, mais bien nécessaire pour vivre son présent. Le paradoxe est que le problématique se reflète, et chaque réponse destinée à le supprimer le voit rebondir, le présente comme étant à résoudre, ce que le joueur ou le séducteur savent fort bien l'un et l'autre. Leur problème reste en l'état après chaque réponse, ils le vivent à répétition et se sentent vivre de par cette répétition et cette infinité mêmes. Mais ce problème étant inassumable il doit être vaincu, vaincu, vaincu... Ne pouvant (ou ne voulant) gagner, le séducteur comme le joueur ne peuvent s'arrêter sous peine de se perdre totalement. La passion, reflétant l'insatisfaction devant l'ordre des choses, conduit à la recherche ; parfois, elle est vaine, mais pas nécessairement. Le dépassement — la transcendance, comme l'on dit — est inscrit dans l'ordre passionnel, il le définit même. »

Michel Meyer, introduction de Rhétorique (Aristote)

De l'absurde systématique dans les arts contemporains

Si l'absurde était un genre d'importance, réclamant les honneurs qui reviennent aux grandes choses, l'humanité n'aurait jamais eu à se dresser par tant d'efforts en un empire de rationalité gouvernant sur le chaos, la nature et ses obscurités. Si l'absurde fut une attitude artistique légitime au début du XXᵉ siècle, elle le fut d'abord comme réaction violente et spontanée lancée à la figure d'une rationalité qui, tout en se proclamant en pointe de la modernité, dégénérait en conduisant l'humanité au pire : à l'absurde, justement. Ainsi, celui-ci ne saurait être un genre permanent de l'art, un genre noble, sans risquer de devenir en soi l'absurdité ; un non-sens de l'histoire, le refuge confortable de quelques esprits faussement brillants, et à force, peut-être, une cause de dégénérescence de l'humanité par la façon qu'elle aurait désormais de se représenter, de représenter le monde, et donc de se comporter.


Marot Couperin, 23 avril 2013

On a marché sur une mine

En entrant dans l'ère de sa démocratisation numérique, l'art posait le pied sur une mine qui le déchiquetait en autant de miettes qu'il connut de gloires. Cette pluie répugnante, sous laquelle nous nous efforçons d'avancer malgré tout, le ventre serré et la foi désorientée, évoque admirablement la transcendance qui retombe, attirée pitoyablement par la vulgarité terrestre.
Il faut survivre quand même, atteindre la frontière... Mais l'épreuve la plus difficile résidera sans doute dans la douleur de voir ce brave rejoindre le sol de nos anciens ennemis, et comme la neige sous la contrainte, recouvrir de pureté leurs odieux cadavres.

Marot Couperin, 12 février 2013

Une définition du poétique


La poésie est l'état d'une pensée depuis trop longtemps solitaire. Elle s'est désobligée du rationnel, de la logique, de la vraisemblance, ou tout simplement, des obligeances collectives. La pensée est poétique de n'observer que les lois strictes qui font la beauté. Persuadée que le véritable, partout où il est maltraité, n'a pu se réfugier que chez elle, en elle, ou derrière elle... En dialoguant de la sorte, apparemment vers soi, c'est le souhait lointain de se réconcilier du monde qu'il fait déterrer des ténèbres humides ; souhait au demeurant impossible dans le champ des possibles, mais qui reçoit comme compensation l'éclat qui distingue des autres les cailloux éternels.

Marot Couperin, 8 février 2013

L'irréalisme libéral comme mouvement artistique contemporain général, suite


L'idéologie est ce que tout art cherche à célébrer par le moyen de son illustration. En définissant quelle est l'idéologie qui domine une époque, on attribue enfin son discours général aux pratiques prétendument orphelines et spontanées de l'art, et notamment celui de cet art officiel que nous appelons irréalisme individualiste libéral comme mouvement artistique contemporain général. Il en est ainsi pour chacun des chapitres conséquents de l'histoire de l'art. Et il ne saurait y avoir de révolution artistique sérieuse perpétrée au sein d'un paradigme philosophico-politique qui s'obstine dans l'inconscient de l'artiste. Ces soi-disant révolutions quand elles se produisent à une époque idéologiquement donnée ne s'avèrent en réalité que des changements de mode, des révolutions graphiques sans incidence sur le consensus philosophico-politique généralement admis. La vision du monde est la même, l'idéologie rayonnante poursuit d'inspirer aux artistes officiels les œuvres qui la matérialisent, plastifie le discours politique dominant... De l'art, la mode est le vrai processus de transformation. Elle maintient son évolution sur le rail favorable de ses croyances fulgurantes ; nullement elle ne chercherait à les heurter, les remettre en question, comme elle s'en vante avec une indécence fâcheuse, puisqu'elle ignore, et c'est là une caractéristique particulière des régimes politiques post-modernes, d'où l'ordre émane, et alors même qu'elle est grassement mise à son service. Car en régénérant la forme sans toucher au module infranchissable, source de discours, elle promeut celui-ci infiniment et invisiblement, dissimulant les indices de son vieillissement derrière de « nouvelles jeunesses ».
Toute époque connaît des distorsions authentiques, accouche de monstres qui lui paraissent bafouer son discours — blasphémer — et la nôtre, pas moins que les autres, les maintient tous consciencieusement à l'écart. Il s'est ouvert un siècle des prétentions, où même les anarchistes ont leur service d'ordre. Et cela va de soi. Ce n'est qu'au moment où une croyance s'effondre, sur elle-même ou chassée par une nouvelle, au moment où l'accès au module central est retrouvé, que les indépendants d'hier sont dédiabolisés, leurs œuvres dédramatisées, si tout simplement elles n'étaient pas des prophéties (celle-ci, compte tenu de ce qui a été dit, sans rapport avec l'avant-garde qui ne consiste qu'au rôle de défricheur d'une troupe avançant en file indienne).

Les deux camarades d'une classe des beaux-arts discutent du travail d'un troisième qui vient de s'absenter. Celui qui parle le premier se revendique de « l'avant-garde ». Son interlocutrice, elle, est sans considération pour la « mode » :

— Il en est encore au style que j'avais l'année dernière.
— Et alors ? lui répond la fille. C'est pas une course, non ?...
— Si c'est pas une course, pourquoi on court tous dans le même sens ?...


Les révolutions artistiques du XXe siècle ne sont qu'une succession de modes, célébrée par les tenants d'une société et une toile de fond qui restent jusqu'à aujourd'hui la même, qui accéléra à mesure qu'un marché de la futilité insurrectionnelle se mettait solidement en place, et au cours duquel l'artiste rejouait chaque fois, de manière radicalement différente, le cérémonial parfaitement répétitif de l'émancipation ; l'émancipation sans autre but que l'action libératrice elle-même, comme la poupée russe est toujours plus petite à mesure qu'on retire ce qui la recouvre, la beauté du geste est menée jusqu'à l'abscons. Tous ceux qui aujourd'hui attendent, ou pire, s'imaginent produire une énième rupture de l'art moderne, restent le nez dedans sans se préoccuper des leviers de la conscience, en réalité s'impatientent seulement qu'une mode plus fraîche secoue leur lassitude d'agent culturel. Autrement dit, ils s'attendent à ce que l'idéologie revête de nouvelles couleurs et de nouvelles formes, ou encore, acquiert un nouveau savoir-faire, quand le costume resterait de toute manière réalisé dans un matériau parfaitement identique, et quand bien même celui-ci serait la cause de leur irritation, et plus globalement de la crise sociale culturelle occidentale.

Il faut avant tout admettre une chose : l'irréalisme individualiste libéral comme mouvement artistique général a conduit son dessein à merveille. Jamais plus qu'aujourd'hui un artiste ne pourrait illustrer avec autant d'habileté et de justice, soit de talent, les pulsions créatives ou nihilistes qui l'habitent ou le hantent. La crise n'est en aucun cas formelle, technique ou esthétique. Au contraire sur ces points, le monde occidental est extraordinairement en pointe, à la pointe du monde et de son histoire. Mais cette conquête triomphante des absolus individuels révèle dans sa fuite ce qu'elle a trop longtemps omis d'avouer : son destin commun. On mentirait de l'oublier, ou alors de croire qu'il n'existe plus, quand chaque seconde qui passe en allongeant l'histoire nous ramène au contraire. La conséquence de cette omission, ce que son idéologie éludait, pourrait, en s'accentuant, en persistant aveuglément sur cette voie de l'extrême, du fétiche égotiste, conclure à l'extinction pure et simple du trésor humain qu'elle a laborieusement acquis au cours des quelques derniers siècles ; un trésor intensément fade et qu'il convient d'illuminer.
Si nous avons dit antérieurement que l'irréalisme libéral désignait l'anti-réalisme socialiste, art institutionnel de l'ex-URSS, avec ce que cette simple désignation induisait comme orientation du discours artistique, nous ne disions pas encore quel trouble imperceptible envahissait la société artistique, à travers cette forme de culture pseudo-volontaire. En anéantissant toute dimension, toute volonté collective, au discours artistique, en abolissant le compromis des principes déontologiques, en recherchant l'indépendance suprême, et en encourageant inlassablement les manifestations de celle-ci jusqu'à la caricature monstrueuse ou l'indifférence mortifère, en pensant pouvoir indéfiniment conquérir le public sans toucher son cœur, par le moyen malhonnête et aberrant de l'autorité ou de l'intimidation, en reniant indéfiniment l'appartenance à un groupe, à une langue, à un territoire, à une filiation profonde, assez profonde pour trouver la strate qui relie tous les cœurs à une œuvre, en écoutant seulement ses propres désirs, l'artiste vrai tue son désir primordial tout en niant en souffrir, celui de plaire sans chercher à plaire ; de faire de son art un métier, sans chercher pour autant « un emploi ». L'artiste français du futur devra visiter son ambition beaucoup plus profondément que ce que son époque, son école, son entourage asphyxié par le snobisme, lui soufflera de fausses évidences. Il devra se reconnecter au village national, alléger quelque peu son orgueil sous peine de laisser une fois de plus cette manne qui lui est vitale aux mains des démagogues, des intérêts pouilleux, et des investisseurs qui volent alors sa place d'artiste. Il devra leur reprendre cette terre que ses ancêtres modernes auront offert à ces truands qui méprisent et feignent d'aimer l'art, quand l'artiste de nature, lui, passe pour un faux ou un bras cassé du marché libre. Il devra remettre cette « part de marché » coincée dans un diagramme au sable des exutoires qui ne soit pas plus celui d'arènes inhumaines ; tout cela sans maudire ses aînés pour autant, puisque leur lègue, quelque part ailleurs, est toujours magistral. La performance individualiste que le libéralisme artistique encourage est incompatible avec la réussite et l'intégration sociale. La subordination totale aux intérêts du groupe, elle, mène à une frustration seulement d'un autre genre, et équivalente en intensité malheureuse. Un juste milieu serait souhaitable, serait salutaire, mais il est inconcevable sans un désir collectif véritablement ressenti par l'artiste, un désir encré dans son sang au point de le faire assez bouillir, et ainsi faire danser tous ses membres ; sans l'énergie fraternelle de l'amour pour transpercer son pinceau. C'est la raison du refus catégorique ou de la réticence à plaire au grand nombre : la transcendance est feinte, elle ment, ne monte que vers des illusions, et alors, quand la société apparaît dans son ensemble, la vue est encore pathétique.

Aujourd'hui, l'artiste qui n'a plus tellement foi en cette liberté est suspecté. Il est suspect de ne pas jouir cracher sur sa chaussure ou de vouloir « les tuer tous »... La liberté totale comme la fortune considérable n'obsèdent que ceux qui n'y parviendront jamais. Ils refuseront évidemment de découvrir que tous deux sont vides. La liberté n'est belle que là où elle est menacée. La fortune, elle, se laisse volontiers mourir. Ils forment un couple qui danse pour le plaisir des crétins qui passent une vie à les admirer.

Habituellement, l'avant-gardiste évacue sans trop de peine le brouillard qui cogne sa vision. Excepté que cette fois, le brouillard ne dissimule rien. Il continue sa percée malgré tout, car la troupe derrière l'y pousse, irrépressiblement, lui qui croyait les guider tous... Il continue un moment de fendre l'air en mimant l'effort, l'anxiété, le feuillage, l'humidité qui voltigent, mais il ne tolérera plus très longtemps que son enthousiasme soit dépensé à des gymnastiques factices. Il faudra dire la vérité tôt ou tard, ou se retourner vers le groupe et le massacrer : choisir entre une mort qui ne dit pas son nom et le cynisme...

Il retourne demander des comptes à son maître, celui qui le forma à la peinture :

— Ma mémoire est revenue entièrement, pour votre plus grand tort. Je me souviens être entré ici avec une ligne claire. Vous l'avez brisé sans devoir préciser pourquoi elle était déplorable. En effet, l'explication était perchée dans l'air, et j'ai fini par saisir la recette du succès tout seul, à force de mijoter parmi les autres élèves et dans vos opinions. J'ai fini par triompher en donnant un genre de sincérité à ma ligne, une sincérité préconçue... En la faisant sciemment vibrer, en m'efforçant de relâcher l'attention, j'encourageai les chances d'un accident, et vous étiez satisfaits car c'était là des signes sans lesquels je n'étais pas à vos yeux assez humain... Lamentables professeurs, vous enseignez toujours l'idéologie !
— Tu nous accuses d'avoir cru à ta bonne foi, d'avoir été confondu par tes talents d'acteur ?
— J'accuse l'époque entière de jouer la comédie. Je n'ai jamais été dupe de mes propres affaires, vous manquiez seulement de recul pour percevoir la satire à laquelle je me livrais par résistance. C'était ça ou mourir. J'ai choisi de vivre, sans trop réfléchir, sans imaginer que je survivais jusqu'à cette heure. Après m'être trop longtemps condamné à l'errance, le temps est venu de me retourner vers vous, pour vous juger.
— Nous juger de quoi ? Quand ton ingratitude, à elle seule, rivalise avec la pire sanction ? Ta liberté est infinie. C'est un rêve vieux de deux siècles qui s'accomplit, et toi tu voudrais me le reprocher ? C'est absurde, on croit rêver !... à mon époque je n'avais pas le quart de tes droits. Tous les oppresseurs ont été éliminés, et tu oserais te rabattre sur tes libérateurs ? C'est scandaleux !... Tu fais absolument ce que tu veux, de quoi te plains-tu ? Retourne jouer avec tes camarades. Ne me casse pas la tête ! La révolution permanente est finie, profite donc !
— Mais je ne cherche pas à profiter ! Quel intérêt ? Nous formons une civilisation : plus que jamais, nous construisons, nous ne profitons presque pas ! J'ai besoin de justifier mes actes. L'expression aliène autant que l'oppression. N'y a-t-il vraiment aucun autre projet ? L'art est-il dépourvu de réelle fonction ? Je n'ai que faire d'être l'animateur d'une cour de récréation.
— L'homme est au centre, il est une source d'inspiration et d'expérimentation inépuisable... C'est une chance pour l'art ; L'homme est incroyable.
— Vous pensez vraiment ce que vous dîtes ?...
— L'humanité s'amuse, elle joue à tout, tout simplement. Il n'y a que très peu de sens à tout cela, j'en conviens. Nous nous amusons, nous nous amusons à amuser les autres, à les impressionner, à les faire rire ou les surprendre, à battre des records, animer des fêtes grotesques que les lettres travestiront aussitôt en soucieuses cérémonies. La culture est un divertissement, et surtout quand elle s'amuse à railler celui des gens modestes. La beauté est un jeu, oui. Un métier parfois. Pourquoi pas ? La beauté sert bien d'âme aux mondaines. Les jeux les plus raffinés ornent les plus prestigieuses demeures. Voilà, ça ne va pas plus loin ; personne ne se casse la tête à part vous, c'est tout le principe du jeu. On se laisse aller à faire semblant et à prétendre, à jouer des rôles, et y croire à moitié ; ceux qui nous scrutent sont complices, de toute manière... Du moment qu'on parvient à faire oublier le vide, qu'en effet l'art n'est plus qu'un jeu de société, la représentation placide de ce qui fut à une époque la fierté du monde. Si vous êtes lucide, vous êtes bien seuls, car il y a de l'irréalisme libéral partout où la liberté s'avachit. L'opium du peuple, désormais nous le fumons. C'est la grande nouveauté. On se gargarise de nos effets.
— Désolé, moi j'ai la foi.
— Rien ne vous empêche alors de construire une cathédrale à la gloire d'une sainte, réaliste de mysticisme dans le moindre détail, jusqu'à la pierre noircie d'indifférence moderne... Vous pouvez même tapisser l'intérieur de souvenirs sacrés, si vous voulez. Et de ressentiment. Vous êtes libres, vous dis-je !

E.H. Gombrich - L'artiste du XIXe siècle

Ce portrait, rédigé par Gombrich, et qui semble la caricature de l'artiste individualiste et progressiste de nos jours, rappelle à quel point ce dernier est en fait figé dans une mentalité typique du XIXe siècle, et non plus seulement du XXe. Le XXe siècle artistique n'étant, idéologiquement (et puisque l'idéologie — à laquelle presque tout artiste est abonné, et d'autant plus qu'il se réclame indifférent d'elle — est un axe constant de mon étude ou l'un des objets de ma démarche artistique), qu'une phase plus avancée de la dégénérescence volontaire (ou manifestation exponentielle de liberté, selon le point de vue), instrumentalisée à partir de la Guerre froide par la CIA comme outil de promotion du libre marché : Quand la CIA infiltrait la culture

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Certes, l'existence des artistes n'avait jamais été exempte de difficultés ni de soucis, mais jusqu'alors, du moins pour l'immense majorité d'entre eux, aucun problème ne se posait quant au sens de leur mission en ce monde. Leur sort était, pour ainsi dire, établi d'avance comme celui de n'importe quel artisan. Il y avait toujours une demande pour des tableaux d'autel et pour des portraits ; il fallait des tableaux et des fresques pour décorer les plus riches demeures. Pour tous ces travaux, l'artiste n'avait qu'à suivre une voie toute tracée. Il fournissait le travail que le client attendait de lui. Évidemment, il était maître de ne produire qu'une œuvre banale ou de faire de la commande reçue le point de départ d'un vrai chef-d'œuvre. Mais, dans l'ensemble, il jouissait d'une situation plus ou moins stable. Au cours du XIXe siècle, cette sécurité disparaît. Le rejet des traditions ouvrait une absolue liberté de choix. Il appartenait désormais au peintre de décider s'il allait peindre des paysages ou des épisodes de l'Histoire, s'il allait demander ses sujets aux auteurs antiques, à Shakespeare ou aux contemporains, s'il s'attacherait au classicisme davidien ou s'il suivrait la fantaisie des maîtres romantiques. Mais plus se développait cette liberté, plus diminuait les chances de voir le goût de l'artiste coïncider avec celui du public. Les amateurs de peinture ont généralement en tête quelque idée toute faite. Ils désirent posséder l'équivalent de ce qu'ils ont déjà vu quelque part. Jusqu'alors, l'artiste faisait facilement face à cette exigence, car si elles différaient fort par le mérite artistique, les œuvres d'une même période avaient un grand fond de similitudes. Maintenant qu'avait disparu cette unité, fruit de la tradition, les rapports entre artistes et clients devenaient, le plus souvent, difficiles et même tendus. L'artiste n'avait plus le goût de se plier aux idées arrêtées de son client. Si la nécessité l'y contraignait, il avait le sentiment de faire des concessions incompatibles avec le respect de soi-même et avec le souci de sa réputation auprès de ses pairs. Et s'il rejetait systématiquement toute commande inconciliable avec ses propres exigences intérieures, il était, à la lettre, en danger de mourir de faim. Aussi, dans le cours du siècle, un fossé se creusa-t-il entre les artistes qui, par principe ou par tempérament, ne répugnaient pas à aller au-devant des désirs du public, et ceux qui mettaient leur gloire à travailler dans un superbe isolement. Cet état de choses s'aggravait du fait de la révolution industrielle, du déclin de l'artisanat, de l'avènement d'une nouvelle classe moyenne, le plus souvent dépourvue de culture, de la production croissante d'une pacotille à bon marché, prétendument « artistique » et de l'inévitable abaissement du goût qui en était la conséquence.
Entre le public et les artistes, la méfiance était généralement réciproque. Aux yeux de l'homme d'affaires arrivé, l'artiste avait toujours quelque chose d'un imposteur qui demande des sommes absurdes pour un travail qui n'en est pas un. Les artistes, de leur côté, prenaient un malin plaisir à épater le bourgeois, à le choquer, à heurter sa suffisance. Peu à peu, ils en vinrent à se considérer comme appartenant à une espèce particulière et s'efforcèrent de marquer, par leurs dehors, tout leur mépris des conventions et de la « respectabilité ». Tout cela ne rimait pas à grand-chose, mas sans doute était-ce inévitable. Il faut d'ailleurs reconnaître que si la situation nouvelle était dangereuse pour les artistes, il y avait à cela des compensations. Les dangers sont évidents. L'artiste qui vendait son âme, et flattait le « goût » de ceux qui n'en avaient pas, était bel et bien perdu. Il en allait de même pour celui dont tout le drame était de se prendre pour un génie pour la simple raison qu'il ne trouvait pas de clients. Mais, à vrai dire, la situation n'était désespérée que pour les natures faibles. Cette parfaite liberté de choix, cette indépendance à l'égard des caprices de l'amateur, acquises au prix de tant d'efforts, étaient en elles-mêmes des conquêtes essentielles. Pour la première fois sans doute, l'art pouvait vraiment exprimer, sans entrave et sans restrictions, tout ce qui fait une individualité ; mais il est bien évident que la première condition est l'existence même d'une individualité à exprimer.
Cela peut paraître paradoxal. On pense généralement que tout art est toujours un moyen d' »expression », et c'est, dans une certaine mesure, vrai. Mais la question n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire. Il et bien évident que l'art égyptien ne permettait guère à l'artiste d'exprimer son individualité. Règles et conventions étaient trop impératives pour laisser beaucoup de place au libre choix. Le problème peut se résumer en ceci : là où il n'y a pas place pour un choix, il ne peut y avoir expression. (...)

Cette marge était assez grande déjà pour que quiconque pût saisir toute ce qui sépare Fra Angelico de Masaccio, Rembrandt de Vermeer de Delft. Pourtant aucun de ces artistes n'était consciemment guidé dans ses choix par le souci d'exprimer sa personnalité. L'idée que ce pût être là le but essentiel de l'art ne pouvait se développer qu'après la disparition des buts que jusqu'alors on mettait en avant. De fait, au point où en étaient les choses au début du XIXe siècle, une telle idée était parfaitement justifiée. Les connaisseurs en étaient venus à chercher dans la peinture tout autre chose qu'une simple manifestation d'habileté ; de cela on était suffisamment blasé pour n'y prêter qu'une attention distraite. Ce qu'on demandait maintenant à l'art, c'était le contact direct avec un esprit supérieur ; ce qu'on y cherchait c'était un homme dont l'œuvre manifestât avec évidence une sincérité totale, un homme qui ne se contentât point d'effets empruntés et dont chaque trait, dont chaque touche, fût en accord avec le plus intime de sa conscience.  

E.H. Gombrich, Histoire de l'art (extrait du chapitre sur le XIXe siècle - La révolution permanente)

Féminisme, la galanterie enfouie

Le féminisme, c'est la politique au féminin. Tu demandes, tu obtiens. « Chéri, je voudrais manifester contre toi, demain. — Bien sûr, mon petit cœur, t'as besoin de combien pour les banderoles ? »

La frontière qui sépare le féminisme de la galanterie est en fait très fine. Il arrive même que féminisme et galanterie se confondent. En tout cas, le féminisme est loin d'un terrassement de l'ancienne façon de représenter publiquement les bons égards que l'homme voue à la femme. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, le féminisme pourrait n'être au fond qu'une évolution polie de cette galanterie devenue péjorative au regard du temps, alors que son mécanisme véritable, lui, persiste intact au sein d'une carrosserie entièrement neuve. La galanterie, hommage permanent de la rectitude envers la délicatesse ; l'homme servant la femme convoitée ou pas, en réalité serait seulement devenue une autre galanterie, plus adaptée, plus complexe et ainsi plus dure à déloger, au détriment équivalent de l'homme persuadé ne plus servir la femme, et surtout de la femme ne plus rien lui devoir, puisqu'il est égal à l'homme, au fond, de servir ou pas la femme, tant qu'il peut continuer d'honorer la mystique qu'il attribue aveuglément à toute femme... En réalité, la galanterie, si elle a bel et bien été abattue en plein vol, un jour de 1949, elle s'est aussitôt réincarnée dans sa coquille d'origine en des désirs certes nouveaux mais toujours autant féminins.

La galanterie cérémonieuse se devait de devenir une galanterie intellectuelle, indécelable, parce que l'esprit du temps exigeait des derniers privilèges qu'ils le soient. En effet, au fond, la galanterie étouffait de honte la femme cultivant tous les fantasmes collectifs de luttes des classes, de révolutions exotiques, de révoltes à travers le monde contre l'oppresseur, l'ordre et la puissance en tous genres, et qui ne manquaient pas d'exciter l'identification et le complexe d'infériorité qui va avec, ou le sentiment seulement coupable qui en découle pour une femme, aussi ardente que cherche à l'être Beauvoir, de ne pas devoir travailler quand la figure la plus emblématique de son époque est celle de l'exploité qui parviendra un jour à transcender sa condition... On se remémore alors facilement Beauvoir accompagnant l'époux Sartre à Cuba, sa place aux première loges de Fidel Castro et Che Guevara en tenues de combattants, eux deux pourtant aux antipodes du nouveau mâle qu'elle exhortait à surgir de son Deuxième Sexe, et on perçoit mieux alors les sentiments véridiques qui guettaient cette fille depuis le début, tout l'embarras d'une bourgeoisie intellectuelle et empathique qu'elle incarne parfaitement dans la pure lignée de Victor Hugo. On n'est pas étonné alors que ce spectacle fascinant de la misère sociale ne finisse par trouver issue en elle, et pour une unique fois, au seul endroit où il lui serait accordée, l'Injustice, une victoire contre l'oppresseur, quitte à l'imaginer, d'un coup d'analogie magique, et à partir de là, chaque fois que le besoin s'en ferait sentir, et jusqu'à ce que, même, cette volonté de femme aspirant à être considérée comme un homme, n'éclate de nos jours en milliers de petits caprices de jeunes filles...

Qu'on ne s'y trompe donc pas, le féminisme actuel poursuit le même effort que la galanterie d'hier, celui d'honorer la féminité en répondant aux sollicitations forcément évolutives de son contexte, et en prenant soin de ne jamais se méprendre sur le cadeau à offrir ; qu'il s'agisse de lui ôter des contraintes physiques ou des obstacles de sa vie professionnelle, ou encore de faire de l'État sa garde spéciale rapprochée ; la logique étant bien la même, celle de ne jamais la dévêtir complètement de son statut particulier. La seule différence avec hier réside dans le fait que la femme contemporaine formule elle-même ses désirs, existentiels ou autres, décide l'ampleur de ceux-ci, et en dehors ou à l'intérieur du cadre préétabli par la coutume galante traditionnelle, cumulant ainsi les conditions, plutôt qu'ajustant la sienne à celle supposée plus élevée de l'homme... En sorte que ce féminisme subrepticement galant débouche sur un dédoublement de la condition féminine, comme il y a une double nationalité, ou encore des gens qui retournent leur veste tant qu'elle présente l'avantage de deux surfaces présentables... Ce cumul des conditions permet à la femme actuelle de faire valoir son essence moderne ou traditionnelle selon qu'une situation particulière paraisse plus favorable à l'une ou à l'autre de ces conditions coexistant en un paradoxe utile. En ce sens, il n' y a pas plus d'égalité entre hommes et femmes qu'à l'époque de la galanterie, puisque l'homme n'a pas renoncé à servir la femme mieux que lui-même, et même face au danger de mort, et la seconde ne décline ce traitement de faveur que si bon lui semble. 

En définitive, le féminisme est une forme de parodie politique où des désirs rodés par les millénaires de charme surent toujours trouver les oreilles suffisamment complaisantes pour accepter d'entendre à leur place des aspirations sociales profondes. Ces désirs à la mode ne sauraient être autre chose du fait du postulat mensonger d'un rapport entre hommes et femmes comparable à celui de l'opprimé et de l'oppresseur, quand il s'agit depuis toujours d'un schéma presque opposé, s'apparentant à un rapport extrêmement fragile de serviabilité réciproque et dont les déséquilibres de part et d'autre, s'ils ne se comblent pas eux-mêmes, sont difficiles, voire périlleux, à ajuster d'une main politique. 


RF, 9 janvier 2013

René Girard - La perte des différences et ses conséquences

Dans un passage de La violence et le sacré, le philosophe René Girard rappelle le principe selon lequel l'entretien des différences est un facteur de paix entre les individus. Au contraire, l'indifférenciation, qu'elle soit culturelle ou hiérarchique, tend à la guerre généralisée, à la fameuse guerre de tous contre tous dans laquelle notre civilisation est déjà entrée et poursuit de s'enfoncer, guidée par une génération de politiciens progressistes persuadée d'avoir fait le choix de la justice humaine, quand en réalité, elle ne va qu'en désarticulant toujours plus celle-ci, en dépit des signes déjà apparents mais lointains de son erreur.

La violence et le sacré
René Girard
(extrait)

Dans la religion primitive et la tragédie un même principe est à l'œuvre, toujours implicite mais fondamental. L'ordre, la paix et la fécondité reposent sur les différences culturelles. Ce ne sont pas les différences mais leur perte qui entraînent la rivalité démente, la lutte à outrance entre les hommes d'une même famille ou d'une même société.
Le monde moderne aspire à l'égalité entre les hommes et il tend instinctivement à voir dans les différences, même si elles n'ont rien à voir avec le statut économique et social des individus, autant d'obstacles à l'harmonie entre les hommes.
Cet idéal moderne influence l'observation ethnologique, souvent d'ailleurs au niveau d'habitudes machinales plus que de principes explicites. L'opposition qui s'ébauche est trop complexe et trop riche de malentendus pour qu'on puisse en dessiner les contours. Il suffira de constater qu'un parti pris « antidifférentiel » fausse fréquemment la perspective ethnologique non seulement sur la discorde et les conflits mais sur toute problématique religieuse. Le plus souvent implicite, ce principe est clairement reconnu et assumé dans The Ritual Process de Victor Turner :

« Structural differentiation, both vertical and horizontal, is the foundation of strife and factionalism, and of struggles in dyadic relations between incumbents of positions or rivals for positions. »

Quand les différences se descellent, elles passent presque nécessairement pour la cause des rivalités auxquelles elles fournissent un enjeu. Mais elles n'ont pas toujours joué ce rôle. Il en est de toutes les différences comme du sacrifice qui vient grossir le flot de la violence quand il ne parvient plus à l'endiguer...
Pour échapper à des habitudes intellectuelles d'ailleurs parfaitement légitimes dans d'autres domaines, on peut s'adresser au Shakespeare de Troilus and Cressida. Le célèbre discours d'Ulysse n'a pas d''autre sujet que la crise des différences et nous retrouvons là, dégagé et développé comme il ne l'a jamais été, le point de vue du religieux primitif et du tragique grec sur la violence et sur les différences.
Le prétexte c'est l'armée grecque campée sous les murs de Troie et qui se décompose dans l'inaction. Le propos de l'orateur s'élargit en une réflexion générale sur le rôle de Degree, la différence, dans l'entreprise humaine. Degree, gradus, est le principe de tout ordre naturel et culturel. C'est lui qui permet de situer les êtres les uns par rapport aux autres, qui fait que les choses ont un sens au sein d'un tout organisé et hiérarchisé. C'est lui qui constitue les objets et les valeurs que les hommes transforment, échangent et manipulent. La métaphore de la corde musicale définit cet ordre comme une structure au sens moderne du terme, un système d'écarts différentiels d'un seul coup déréglé quand la violence réciproque s'installe dans la communauté. La crise est désignée tantôt comme ébranlement tantôt comme escamotage de la différence.

«  … Oh ! Quand la hiérarchie vient à être ébranlée,
Echelle selon quoi tout grand dessein s'ordonne,
L'entreprise languit. Comment les sociétés,
Les confréries, les distinctions académiques,
Le paisible commerce entre deux longitudes,
Les droits de primogéniture et de naissance,
Les privilèges qu'on accorde à la vieillesse,
Ainsi qu'à la couronne, au sceptre, aux lauriers,
Pourraient-ils, sans hiérarchie, se maintenir ?
Brisez la hiérarchie, détendez cette corde,
Aussitôt quelle dissonance ! Tout se heurte,
Tout se combat ; les eaux naguère contenues
Exhaussent leur poitrine au-dessus des rivages
Et de ce globe solide font un brouet ;
La force est reine maintenant sur la faiblesse
Et le fils effréné frappe son père à mort ;
Violence est loi ; mieux : le licite et l'illicite,
Dont Justice préside à l'éternel combat,
Perdent leur nom et Justice pareillement. »

Comme dans la tragédie grecque donc, comme dans la religion primitive, ce n'est pas la différence, mais bien sa perte qui cause la confusion violente. La crise jette les hommes dans un affrontement perpétuel qui les prive de tout caractère distinctif, de toute « identité ». Le langage lui-même est menacé. « Each thing meets in mere oppugnancy. » On ne peut même plus parler d'adversaires au sens plein du terme, seulement de « choses » à peine nommables qui se heurtent avec un entêtement stupide, tels des objets détachés de leurs amarres sur le pont d'un navire battu par la tempête. La métaphore du déluge qui liquéfie toute chose, transformant l'univers solide en une espèce de bouillie, revient fréquemment chez Shakespeare pour désigner la même indifférenciation violente que dans la Genèse, la crise sacrificielle.
Rien ni personne n'est épargné ; il n'y a plus ni dessein cohérent ni activité rationnelle. Toutes les formes d'association se dissolvent ou entrent en convulsions, toutes les valeurs spirituelles et matérielles dépérissent. Les diplômes universitaires sont emportés avec le reste, n'étant eux-mêmes que des Degrees, tirant leur force du principe universel de différenciation et la perdant quand ce principe se dérobe.
Soldat autoritaire et conservateur, l'Ulysse de Shakespeare n'en avoue pas moins d'étranges choses sur cet ordre qu'il a le souci exclusif de protéger. La fin des différences, c'est la force qui maîtrise la faiblesse, le fils qui frappe son père à mort, c'est donc la fin de toute justice humaine, laquelle se définit, elle aussi, de façon aussi logique qu'inattendue en termes de différence. Si l'équilibre c'est la violence, comme dans la tragédie grecque, il faut bien que la non-violence se définisse comme un déséquilibre, comme une différence entre le « bien » et le « mal » parallèle à la différence sacrificielle du pur et de l'impur. Rien de plus étranger à cette pensée, par conséquent, que l'idée de la justice comme balance toujours égale, impartialité jamais troublée. La justice humaine s'enracine dans l'ordre différentiel et elle succombe avec lui. Partout où s'installe l'équilibre interminable et terrible du conflit tragique, le langage du juste et de l'injuste fait défaut. Que dire aux hommes, en effet, quand ils en viennent là, sinon réconciliez-vous ou punissez-vous les uns les autres ?

René Girard, La violence et le sacré (extrait)

Herbert et le restaurant Jap'


Avant cette histoire, ce fut longtemps celle d'un homme qui désira seulement devenir quelqu'un.
Non vraiment au sens où le succès l'entend, avec ses honneurs durables, ou la jouissance fragile que de belles femmes se penchent sur vous. Peu lui importait tout ça, en fait. Je crois qu'il avait surtout cherché un statut précis, à être reconnu dans un beau métier, un art pour lequel il eut été perceptible par ce qu'il appelait, avec cette façon un peu volontairement vertigineuse, tous. Un art pour lequel, lui-même, aurait pu se contempler à souhait, à travers ces yeux gagnés. Il comprit vite que ce ne serait jamais assez nourrissant, et abandonna peu à peu. À ce jour, il ressentait cette mélancolie que la fierté trop fine provoque chez celui qui, seul, est parvenu à s'échapper d'Alcatraz. Au hasard de batailles anarchiques, de fouilles dans toutes les directions, il était parvenu à user, lasser cette volonté obsédée d'elle-même. Son caractère était tel qu'il percevait cette victoire comme un deuil, et ne bougeait plus de son siège. Réputé disparu, la société ne se doutait pas encore qu'il s'était intégralement retrouvé.

 ET LE RESTAURANT JAP'
Marot Couperin


Herbert était arrivé à l'opposée de son rêve, là où il ne reste plus qu'une mère pour y croire. Si le téléphone sonnait, c'était elle, ou au mieux son père. S'il le décrochait, c'était pour qu'on lui livre à manger, sans avoir à bouger ses fesses dehors. Il faisait un froid de canard, un hiver pas agréable du tout, des rues de Paris, au dernier étage d'un immeuble quelconque ; neuf, sauf à l'intérieur. Il aurait pu se passer de dîner, bien des fois, et surtout ce soir. Le frigidaire annonçait ses habituelles solitudes alimentaires : une grande bouteille jaune et des sandwichs. Il fallait que quelqu'un vienne, à tout prix. Le repas devait venir d'ailleurs. Ça suffit ! Il fallait qu'une âme inconnue et chargée de mystères lui apporte, et comme l'interlude de ceux-ci.
Parfois, une hésitation trop longue le paralysait, et il s'effondrait de sommeil, l'estomac vide, rêvant alors qu'il avait tout bêtement faim, et qu'il remettait à plus tard de se servir dans ces buffets alléchants et extraordinairement offerts, pour une raison d'orgueil stupide ou d'économie typiquement onirique.

Comment était-on passé des prostituées aux livreurs ? Le bruit de ses pas dans l'escalier excitait un appétit de plus en plus social, contre un moment fatalement court. Ce restaurant japonais formait dans sa tête une combinaison un peu spéciale. Une voix féminine, toujours la même, enregistrait sa commande, puis un livreur de la même race lui remettait un joli sac légèrement ridicule, avant même qu'il ait le temps de sonner. Beaucoup plus qu'une transaction sèche, se produisait dans cette rencontre la reconstitution de milliers d'heures amicales évanouies. Par accident, une pièce de vingt centimes tombait en réveillant sur le parquet toutes ces communions monstrueuses qui d'ordinaire éclatent en rire pur. Ce même événement se répétait, se rapprochait en accélérant sa ruine financière. Cette relation durait depuis plus de deux ans, maintenant.
Herbert s'appliquait à parler comme un client détaché, et avec d'autant plus d'excellence que son intention déviait de la commune froideur des Parisiens seulement intéressés de manger, et qu'il interprétait dans la voix de cette fille qu'il imaginait jolie, quelque chose qui ressemblait à de la réciprocité amoureuse. Son intonation n'était plus la même, et contrairement à lui, elle ne savait pas retenir ce léger trouble qui rend les proies vulnérables. Était-ce voulu ? Herbert savait profiter des défenses qu'on relâche, et surtout celles des femmes qui parlent mal le français. C'est bon, cette prudence, pensait-il de sa part. « Il y a dans sa voix ces infimes distorsions, le long desquelles navigue la mienne sans effort... » En raccrochant, une poussée d'affection lui piquait les yeux : la pitié se mêle d'amour, le rendant presque possible réellement... Une demi-heure plus tard, le jeune livreur tape à la porte, puis repart. Il ne se doute de rien... Herbert mange en vitesse, devant un film américain peu consistant. Dès le générique de fin, il appelle la fille, à nouveau — à partir de là, il y a transgression — Elle allait le trouver louche. Il risquait la dissolution sociale, d'être exilé de cette bulle à deux pôles... Gentille, elle fit comme ne remarquant rien. Après tout, il était dans son droit. Il pouvait très bien avoir faim deux fois de suite. Pourquoi pas... « Je paye. » Sa voix trouvait, dans ces moments les plus délicats, de belles courbes nettement plus enjouées qu'en temps normal. Il tenait bon ; comme tout le monde, comme la fille, aussi... et le livreur... qui arrive déjà ! Les lampes dans l'allée se déclenchent et s'éteignent. « C'est de la folie... » Je le tuerais, celui qui fait pareil.
Il a tiré si loin la porte qu'il s'est cogné avec. La douleur est puissante. Le Saint-Esprit recommande aux imbéciles de se punir eux-mêmes. En général, ils s'exécutent... Il s'excuse de cette mauvaise présentation, mais le livreur ne réagit pas. Il ne réagit jamais. Herbert saigne des pieds à la tête. Il peut admirer ce type pour n'avoir pas sourcillé. On reconnaît bien là l'étoffe d'un futur camarade, pense-t-il. Il n'en pense pas plus. « Il n'a absolument rien vu : ni souffrance, ni ridicule. » Un lien commercial les sépare.

Dès qu'il parlait au téléphone avec cette Japonaise, il s'imaginait en employé du tertiaire. Allez savoir pourquoi. Peut-être qu'il croyait cette interlocutrice incapable de le considérer autrement, à mille lieux d'envisager qu'elle puisse d'ailleurs se tromper, le voir ne serait-ce qu'un tantinet différent de ce que son esprit suggérait de toutes ses forces. La vérité serait inconcevable pour une fille de cette simplicité, un tant soit peu désirable, pensait-il. Et alors, il s'angoissait du mensonge, craignant qu'elle ne découvre ce qu'il était vraiment : un déclassé ne cherchant pas d'emploi, s'étant battu contre tout à la fois, rien en particulier, ayant toujours baissé les bras, et vivant convenablement de ce sort qui le maintenait en inertie ébouriffée ; un homme jeune, coupable de non-exploitation de son potentiel, en somme. Sa propre chatte commençait à se détourner de ce qu'il lui restait, à cet Herbert : sa supériorité naturelle, un physique terrifiant aux yeux des chats. La petite chatte s'accommodait même de cela, et venait de moins en moins se frotter contre sa jambe, se rouler à ses pieds. Elle n'était plus très loin de se servir toute seule sa nourriture...

En trafiquant sa situation réelle pour ce qu'il y a de plus banal, Herbert amortissait l'éventuel déshonneur de décevoir. Si la Japonaise venait à s'apercevoir qu'il n'était pas cet employé quelconque, au fond, que risquait-il ? Pas grand chose. En tout cas, moins que s'il s'était fait passer pour l'artiste vivant le mieux payé de l'histoire de l'art, ou ce Chinois et cette Chinoise qu'il croyait être, en l'occurrence, un duo de restaurateurs Jap'... Ses calculs, à Herbert, quoiqu'innombrables, restaient souvent ainsi, très inaudibles.



17 décembre 2012

L'antiféminisme est l'avenir de l'antimachisme


Je n'aime pas le machisme, mais je déteste encore plus vivement le féminisme. Pourquoi ? Parce que le premier, on le dénonce de partout, mais je ne le vois jamais, tandis que le second s'impose à sa place, comme une évidence qui ne saurait plus subir la moindre entaille, le moindre reproche, fût-il d'ailleurs pour le véritable bien des femmes.

La critique des femmes ou d'une catégorie sociologique de femmes, notamment l'héritière du féminisme, relève de la transgression, du blasphème. Ce n'est un secret pour personne ayant tenté l'expérience que les féministes (féminins et masculins) tiennent d'une main fastueuse et crispée les principales manettes d'influences culturelles parisiennes. Par exemple, c'est impensable d'imaginer publier un roman qui se moquerait des parvenues qui font florès du seul fait de leur féminité, de leur genre (et qui s'emploient à faire croire le contraire en empochant au passage l'admiration du sexe éternellement galant), ou vanterait le seul fait d'être un homme qui compte la virilité parmi ses valeurs, un caractère bien trempé dans celui-ci, ou seulement son identité souveraine de toute influence et de toute arrogance extérieure (d'ailleurs cela ne vous viendrait même plus à l'idée, pour la plupart, tellement le matraquage est féroce et va en s'accentuant, en se radicalisant), à l'heure en effet où le paysage culturel occidental regorge d'apologies de la femme, de la superfemme, de l'hyperfemme, ou de littérature et marketing misandres en tous genres.
En revanche, remarquez que les propos et attitudes machistes sont paradoxalement tolérés de nos jours, subventionnés par une certaine condescendance de gauche ou sauvegardée par une génération de « fils à maman » qui projettent dans ces fictions sexistes, qui s'exacerbent à mesure de son effacement concret, ce que j'appelle phénomène de machisme par procuration (culture rap, culture de « banlieue », ou dirons-nous, machisme exotique, d'importation extra-européenne, précisément celle d'une Afrique transfigurée, télégénique ayant fait escale par MTV). Pourquoi ? Pour cette raison toute bête que le machisme est admis comme une idéologie de facto arriérée, et qui donc en rien ne vient contrarier cette idée, aussi moderne qu'obscure, et qui continue impunément de se répandre, que féminité est vaguement préférable en tout... C'est peut-être votre opinion, aujourd'hui, car la femme fut un temps l'avenir de l'homme lassé de lui-même. Ce n'est pas la mienne ; et vous avez le droit, après tout. Le problème, c'est que si vous vous mettiez à penser le contraire, ce que vous croyiez profondément un droit serait aussitôt brisé d'un déclic de votre conscience, de votre fierté, oserais-je même dire... La gynomanie étant, vous l'ignorez seulement, un pilier irréfutable et central de la morale postmoderne, la musique qui couvre une chorégraphie idéale des rapports de forces sociales où la brutalité politique potentielle de l'homme se couche devant l'objet sexuel raréfié qui réserve sa docilité à l'Entreprise qui lui rend bien, en de maintes caresses toujours plus exclusives.

Quiconque se veut un antiféministe de raison, doit être avant tout un antimachiste convaincu (non refoulé, je précise bien : « convaincu ». Il doit passer par un moyen sain de s'affranchir de l'idéologie féministe de dévaluation systématique des traits masculins), sous peine de n'être en définitive que l'idiot utile d'une intelligentsia féministe, comme le sont ces rappeurs bandits de pacotille entourés de demi-bitches en bikinis (demi, je précise, parce que l'autre moitié est évidemment motivée par la vénalité) qui servent de preuves mensongères d'un machisme toujours animé et nocif, et alors comme caution idéologique et politique de poursuivre une féminisation globale sous couvert du label attendrissant de « féminisme ». 
Il en est de même du modèle « porno ». Les perdants du « porno » n'étant pas seulement les filles, mais tout autant les garçons qui s'identifiant à des figures sexistes fictives dégradent leur image de genre dans un « marché » réel du sexe régulé en réalité par une codification patriarcale largement féminisée, disproportionnellement favorable à la fille, et où le garçon pour obtenir des faveurs se soumet à un ensemble strict et contraignant (semblable à un rituel de soumission psychologique sincère ou pas, qui n'est « romantisme » que de façade) d'attitudes jugées séduisantes. En somme, la suspicion "porno" (au sens large) ne fait qu'aggraver la défiance à son égard. 

Le machisme, c'est l'origine de l'imbécile guerre des représentations sociales des sexes. Résultant de celui-ci, le féminisme est étymologiquement programmé pour suivre la même trajectoire en sens inverse. Ils sont faits pour se percuter quand aucun d'eux ne cède le passage à la vanité angoissée de l'autre. Triste perspective. Rester ou redevenir un homme, ou rester ou redevenir une femme sans recours à ces sinistres idéologies analogues de machisme et de féminisme, qui partant tous deux d'une peur compétitivement symétrique aboutissent à un réflexe identique de volonté de domestiquer l'autre sexe, c'est mettre un terme définitif à ces prétentions ridicules qui enflent d'ignorance et de ressentiment des hommes et des femmes destinés à la base à s'unir, se compléter et se réconforter — ou pour résumer le plus archaïquement du monde : à s'aimer.

Pour certains hommes qui se prétendent féministes, et souvent de manière plus virulente encore que les femmes, le féminisme s'avère chez eux le signifiant d'une galanterie inavouée, subrepticement réincarnée dans l'air du temps. Dans leur imaginaire, avant que surgisse le mouvement féministe de l'histoire « des femmes opprimées depuis la nuit des temps », les femmes vivaient soi-disant comme individus de seconde zone dans un monde pénible pour elles qui, construisent-ils, méprisait systématiquement les femmes par pur caprice, sous-entendu instinct puéril, et les maintenaient en captivité domestique, par peur que leur potentiel révolutionnaire n'explose aux mains d'hommes si misérables au fond d'eux que seuls la jalousie et l'égoïsme du pouvoir pouvaient les préserver de la puissance féminine maintenue en captivité, et motiver alors une attitude désirée historiquement unanime. C'est évidemment une caricature simpliste, et sur elle se fonde et se légitime encore la diabolisation permanente de la culture masculine, celle des garçons comme celles des pères aliénés par la misandrie institutionnelle. S'agissant du monde européen, c'est une déformation grotesque. De tous temps et partout, la nature distribue le pouvoir individuel non jamais selon le sexe, mais toujours selon les tempéraments et les caractéristiques morphologiques préalables, eux-mêmes modelés par des paramètres familiaux, transgénérationnels et sociaux, pas si énigmatiques que ça en réalité, pour qui possèdent des notions d'interprétation psychologique et sociopsychologique.

Il n'est pas difficile de puiser de nombreux exemples qui contredisent le fantasmatique patriarcat misogyne de nos aïeux (en réalité, qui péchait originellement par surprotection des femmes). Il faut retrouver le courage d'une certaine objectivité, d'un certain recul, de mesure dans la façon d'observer le passé. Sinon, le jour où les forces armées du monde occidental seront intégralement composées de drones et d'engins automatiques pilotés à distance par des fonctionnaires tous bien au chaud et à l'abri de la moindre égratignure, il est inévitable qu'une ultime armada de féministes enragées et volontaires à en mourir s'offusquera que ces goujats de gradés aient gardé, rien que pour eux, et durant tant de siècles, les jolis lauriers de la guerre ! Tout épisode historique a ses raisons, ses pressions et ses buts précis. Occulter ce contexte ne débouche que sur des procès exponentiellement abusifs qui ne font que répéter les mêmes fautes en s'échangeant simplement les maillots.


RF, 13 décembre 2012